En libéral, on intervient seule, souvent dans des environnements peu équipés, auprès de patients fragiles. La probabilité de croiser une situation d'urgence au fil d'une carrière est réelle : chute grave, malaise vagal, décompensation cardiaque, détresse respiratoire, arrêt cardiorespiratoire. Avoir réfléchi à ces situations avant qu'elles se produisent fait toute la différence.
Les situations les plus fréquentes
L'urgence à domicile prend des formes variées. Les plus courantes en exercice libéral sont les chutes avec suspicion de fracture, les malaises (hypoglycémie, malaise vagal, syncope), les décompensations aiguës de maladies chroniques (insuffisance cardiaque, BPCO, diabète), les réactions allergiques, les troubles de la conscience, les détresses respiratoires et les arrêts cardiorespiratoires.
Certaines situations sont plus insidieuses : un patient qui ne répond pas au sonnette (possiblement tombé derrière la porte), un patient confus dont l'état a changé depuis la veille, une douleur thoracique sous-évaluée. L'IDEL est souvent le premier professionnel de santé à détecter ces signes.
Les réflexes à avoir
La règle fondamentale : sécuriser, alerter, secourir dans cet ordre.
Sécuriser la scène. Avant tout, s'assurer que la situation est sans danger pour soi-même et pour le patient. Un patient qui a chuté dans un environnement encombré, une fuite de gaz, un patient agité : la sécurité prime.
Alerter les secours. En situation d'urgence vitale avérée ou suspectée, appeler le 15 (SAMU) sans délai. Donner précisément l'adresse, l'âge du patient, les signes observés, ce que vous avez fait. Le médecin régulateur guide les actions à réaliser dans l'attente des secours. Rester en ligne si le régulateur le demande.
Secourir dans les limites de ses compétences. L'infirmière libérale est habilitée à réaliser les gestes d'urgence vitale sans prescription : massage cardiaque externe, utilisation du DAE si disponible, libération des voies aériennes, position latérale de sécurité, compression d'une hémorragie. Ces actes ne nécessitent pas d'ordonnance en situation d'urgence.
Le matériel à avoir avec soi
Une trousse d'urgence minimale est recommandée pour les IDEL qui interviennent régulièrement auprès de patients fragiles. Elle ne remplace pas les secours, mais peut faire gagner des minutes décisives.
Le contenu de base : tensiomètre, saturomètre, glucomètre, une ampoule de glucosé (sur prescription habituelle pour les patients diabétiques), compresses, gants, masque de ventilation (pocket mask) pour la réanimation, couverture de survie. Certaines IDEL ajoutent un kit d'injection d'adrénaline pour les patients avec allergie grave connue et prescription en conséquence.
Connaître l'emplacement du DAE le plus proche de chaque domicile peut aussi être utile : l'application "Staying Alive" géolocalise les DAE en France en temps réel.
La communication avec le médecin traitant
En dehors de l'urgence vitale immédiate, de nombreuses situations nécessitent une décision médicale rapide sans relever du SAMU. Patient fébrile à 39,5°C avec altération de l'état général, douleur thoracique atypique, patient tombé sans plaie visible mais immobilisé : ces situations méritent un contact médical urgent.
Avoir les coordonnées du médecin traitant de chaque patient (idéalement le numéro direct ou le cabinet) facilite ces appels. En dehors des heures ouvrables, la permanence des soins ambulatoires (PDSA) via le 15 ou le numéro local de garde permet d'obtenir un avis médical.
La ligne directe du médecin régulateur (le 15) peut aussi être sollicitée pour un simple avis sans engagement d'une intervention SAMU : le régulateur peut aider à évaluer si une hospitalisation est nécessaire.
Responsabilités et documentation
L'infirmière libérale a une obligation d'agir en situation d'urgence. Ne pas intervenir alors qu'une personne est en danger peut constituer une non-assistance à personne en danger (art. 223-6 du Code pénal), indépendamment du cadre libéral.
Après l'intervention des secours, documenter précisément ce qui s'est passé est indispensable : heure d'arrivée, signes observés, actions réalisées, heure d'appel des secours, heure d'arrivée du SAMU. Cette documentation protège en cas de questionnement ultérieur et permet aussi la continuité des soins.
Prévenir rapidement le médecin traitant de la situation, même après l'intervention des secours, fait partie des bonnes pratiques. Un courrier ou un message via MSSanté permet de tracer l'événement de manière professionnelle.
Et après ?
Une urgence à domicile, même bien gérée, peut laisser des traces. La confrontation à la mort, à une détresse grave, à une situation dépassant le cadre habituel des soins peut générer un choc émotionnel différé.
Les syndicats infirmiers et l'Ordre proposent des soutiens psychologiques pour les professionnels confrontés à des situations traumatisantes. En parler avec un pair, un confrère ou un professionnel de santé mentale n'est pas un signe de faiblesse : c'est une condition de la durabilité dans ce métier.
L'urgence à domicile fait partie de la réalité du métier d'IDEL. S'y préparer mentalement, avoir les bons réflexes et le matériel minimal, et savoir qui appeler : c'est ce qui fait la différence entre une situation maîtrisée et une situation qui dégénère.
Voir aussi : Agression et violence en libéral | Soins palliatifs à domicile | Patient absent lors d'une visite | Permanence des soins ambulatoires | Refus de soins et patient difficile