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Agression et violence en exercice libéral : comment l'infirmière se protège

Insultes, menaces, agression physique : les IDEL sont exposées à la violence au travail. Comment réagir, porter plainte, se protéger et obtenir réparation.

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La rédaction Devenir IDEL
Publié le 20 novembre 2026

Travailler seule, à domicile, chez des patients que l'on connaît parfois depuis des années mais dont on ne contrôle pas l'environnement : l'infirmière libérale est particulièrement exposée aux situations de violence. Insultes, menaces, gestes agressifs, situations de danger — ces incidents ne sont pas rares, mais ils restent souvent banalisés ou non déclarés. Il est pourtant indispensable de savoir comment réagir, se protéger, et faire valoir ses droits.

Les formes de violence rencontrées par les IDEL

La violence au travail ne se résume pas à l'agression physique. Les IDEL peuvent être confrontées à plusieurs types de comportements :

La violence verbale. Insultes, propos déplacés, remarques sexistes ou racistes, cris, menaces : c'est la forme la plus fréquente. Elle est souvent minimisée par les soignantes elles-mêmes, qui considèrent que "ça fait partie du métier".

La violence psychologique. Harcèlement répété de la part d'un patient ou de sa famille, pression, culpabilisation, tentatives de manipulation.

La violence physique. Gestes menaçants, jets d'objets, coups, morsures. Plus rare, mais nettement plus grave dans ses conséquences.

La violence de l'entourage. La violence ne vient pas toujours du patient lui-même. Les proches, sous l'effet de la fatigue, du stress ou de l'alcool, peuvent aussi être des sources de comportements agressifs.

Les situations à risque environnemental. Un logement insalubre, un chien agressif non attaché, un accès à l'arme à feu visible : ces situations mettent l'IDEL en danger même sans agression directe.

Ce que dit le cadre légal

En France, l'agression d'un professionnel de santé dans l'exercice de ses fonctions constitue une circonstance aggravante. La loi Fauchon de 2017, et les dispositions du Code pénal (article 222-14-3), renforcent la protection des soignants. Les peines encourues par l'agresseur sont augmentées par rapport à une agression standard.

Les violences verbales (menaces, insultes) peuvent également faire l'objet de poursuites pénales. Elles n'ont rien d'anodin d'un point de vue légal.

Comment réagir en situation de violence

Sortez de la situation dès que possible. Si vous sentez que la situation dégénère, votre première priorité est votre propre sécurité. Éloignez-vous, quittez les lieux si nécessaire. Un soin peut être interrompu — votre intégrité physique ne peut pas l'être.

Appelez à l'aide si besoin. En cas de danger immédiat, composez le 15 (SAMU), le 17 (police), ou le 18 (pompiers). Ne restez pas seule dans une situation où vous ne contrôlez pas votre sécurité.

Ne minimisez pas l'incident. Même si les insultes vous semblent bénignes, elles ne doivent pas être banalisées. Consignez les faits immédiatement après l'incident : date, heure, lieu, nature des propos ou gestes, présence éventuelle de témoins.

Après l'incident : les démarches à effectuer

Informez votre syndicat ou l'Ordre infirmier. Ces structures peuvent vous orienter, vous soutenir moralement et juridiquement, et vous informer de vos droits. Le Conseil de l'Ordre infirmier est également habilité à signaler les incidents graves aux autorités compétentes.

Déposez plainte. En commissariat ou en gendarmerie. Apportez votre consignation des faits, les éventuels témoignages, et si possible un constat médical si vous avez subi des blessures (même légères). Un médecin peut établir un certificat de coups et blessures.

Consultez votre médecin. Le choc émotionnel ou physique doit être pris en charge. Un arrêt de travail peut être nécessaire. En libéral, les modalités d'arrêt de travail diffèrent de celles des salariés (voir votre contrat de prévoyance CARPIMKO).

Activez votre protection juridique professionnelle. Si vous avez souscrit une assurance protection juridique professionnelle, elle peut prendre en charge les frais d'avocat, accompagner la procédure judiciaire et vous orienter vers les meilleures démarches.

Mettre fin à la prise en charge d'un patient violent

Vous êtes en droit de décider de ne plus assurer les soins d'un patient qui s'est montré violent ou irrespectueux. La déontologie infirmière et la jurisprudence reconnaissent ce droit.

Les étapes recommandées :

  1. Informez le médecin prescripteur de votre décision, en expliquant le motif.
  2. Assurez la continuité des soins : orientez vers un confrère ou vers une structure alternative. Ne laissez pas le patient sans solution, en particulier si ses soins sont urgents ou médicalement nécessaires.
  3. Notifiez votre décision par écrit, si possible, pour garder une trace.

Vous n'avez pas à vous justifier au-delà du raisonnable auprès du patient lui-même. Informer le médecin suffit dans la très grande majorité des cas.

Prévenir la violence : quelques réflexes au quotidien

La prévention ne peut pas être absolue, mais certaines précautions réduisent les risques :

Signalez les situations difficiles à vos confrères. Si vous exercez en cabinet de groupe ou en association, partagez l'information sur les patients ou les domiciles problématiques. Un registre de signalement interne peut être utile.

Ne prenez pas de risque inutile. Si un patient vous a déjà menacée ou si des informations préalables vous inquiètent, vous pouvez refuser d'y aller seule, ou prévoir un contact de sécurité (appel à un proche au moment de la visite, système de check-in).

Faites confiance à votre instinct. Si une situation vous met mal à l'aise dès les premières secondes, c'est une information à prendre au sérieux. L'expérience professionnelle aiguise ce sens du danger.

Connaissez les ressources locales. Certaines CPAM ou associations locales proposent des formations à la gestion des situations de crise et à la communication non violente. Ces formations peuvent être valorisées dans le cadre du DPC (développement professionnel continu).


La violence envers les soignants est un problème de santé publique. En tant qu'IDEL, vous n'avez pas à l'accepter comme une fatalité. Connaître vos droits, signaler les incidents, et vous faire accompagner sont les premières étapes pour ne pas rester seule face à ces situations.

Voir aussi : La protection juridique professionnelle | Le refus de soins patient difficile | Le signalement de maltraitance | Les droits de l'infirmière libérale | La déontologie infirmière en pratique

Questions fréquentes

Une infirmière libérale victime d'agression peut-elle porter plainte ?
Oui, absolument. Toute infirmière libérale victime d'une agression (physique ou verbale) dans le cadre de son exercice peut et doit porter plainte. Le dépôt de plainte se fait en commissariat ou en gendarmerie. L'agression d'un professionnel de santé en exercice constitue une circonstance aggravante prévue par la loi.
Qui peut aider une infirmière libérale victime de violence au travail ?
Plusieurs interlocuteurs : le syndicat infirmier (assistance juridique, soutien), la protection juridique professionnelle (si vous y avez souscrit), l'Ordre infirmier (soutien et accompagnement), le médecin du travail ou le médecin traitant pour le suivi psychologique. Des dispositifs d'aide aux victimes existent également (associations d'aide aux victimes, psychologues de la gendarmerie ou de la police).
Peut-on refuser de continuer à soigner un patient qui s'est montré violent ?
Oui. La déontologie infirmière permet de mettre fin à la prise en charge d'un patient qui adopte un comportement violent ou irrespectueux, à condition d'assurer la continuité des soins (en prévenant le médecin prescripteur et en orientant vers un autre professionnel). La sécurité de l'IDEL est une condition préalable à tout acte de soin.
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L'équipe éditoriale de Devenir IDEL décrypte l'actualité et les démarches des infirmières et infirmiers libéraux.
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