Approcher la fin de carrière ne signifie pas forcément choisir entre tout ou rien. La retraite progressive permet à une infirmière libérale de réduire son activité progressivement tout en commençant à percevoir une partie de ses droits à la retraite. Un dispositif méconnu, mais qui peut s'avérer très avantageux pour préparer la transition en douceur.
Qu'est-ce que la retraite progressive ?
La retraite progressive est un dispositif légal qui permet à un travailleur indépendant — dont les infirmières libérales — de liquider partiellement sa pension de retraite tout en continuant d'exercer une activité professionnelle réduite.
Concrètement, vous continuez à travailler, mais à un rythme allégé. En contrepartie, vous percevez une fraction de votre pension, calculée selon l'importance de la réduction d'activité. Vous continuez également à cotiser, ce qui améliore vos droits définitifs au moment de la liquidation totale.
Ce dispositif existe depuis plusieurs années pour les salariés. Il a été étendu aux travailleurs non salariés (TNS), dont les professions libérales, afin de permettre des sorties progressives plutôt que des ruptures brutales.
Les conditions d'accès
Pour bénéficier de la retraite progressive en tant qu'IDEL, plusieurs conditions doivent être réunies :
L'âge. Vous devez avoir atteint l'âge légal de départ à la retraite diminué de deux ans. Si cet âge est fixé à 64 ans, la retraite progressive est accessible à partir de 62 ans. Cet âge plancher peut varier selon les réformes en vigueur au moment de votre demande.
La durée de cotisation. Vous devez justifier d'au moins 150 trimestres validés, tous régimes de retraite confondus (régime général, CNAVPL, CARPIMKO, régimes antérieurs si vous avez eu d'autres activités).
La réduction d'activité. Vos revenus libéraux doivent être inférieurs à un plafond défini par la réglementation. Cette réduction doit être réelle et vérifiable : ce n'est pas un dispositif permettant de continuer une activité à plein régime tout en touchant une pension.
Comment est calculée la pension partielle ?
La fraction de pension versée est inversement proportionnelle à votre niveau d'activité résiduelle. Plus vous réduisez votre activité, plus la fraction perçue est importante.
À titre d'illustration (les seuils exacts sont fixés réglementairement et peuvent évoluer) : si vos revenus résiduels représentent 40 % de vos revenus habituels, vous percevez approximativement 60 % de votre pension calculée à la date de la demande.
La pension définitive au moment de la liquidation totale tient compte de l'ensemble de votre carrière, y compris les trimestres cotisés pendant la période de retraite progressive. Vous n'êtes donc pas pénalisée pour avoir tardé à liquider complètement vos droits.
La démarche concrète
Étape 1 : anticiper. La retraite progressive nécessite une demande formelle auprès de chaque caisse de retraite. Les délais de traitement peuvent atteindre plusieurs mois. Il est conseillé de déposer votre dossier au moins 6 mois avant la date souhaitée de mise en place.
Étape 2 : contacter la CNAVPL et la CARPIMKO. En tant qu'infirmière libérale, vous cotisez à deux régimes : la CNAVPL pour la retraite de base des professions libérales, et la CARPIMKO pour la retraite complémentaire spécifique aux auxiliaires médicaux. Une demande doit être déposée auprès des deux organismes.
Étape 3 : justifier la réduction d'activité. Vous devrez fournir des éléments prouvant que vos revenus libéraux ont effectivement diminué. Cela peut passer par une déclaration sur l'honneur, un bilan d'activité, ou des éléments comptables.
Étape 4 : informer l'URSSAF. La réduction d'activité a des conséquences sur vos cotisations sociales. Votre expert-comptable peut vous accompagner pour anticiper les ajustements de régularisation.
Les points de vigilance
Ne pas confondre avec la retraite anticipée. La retraite progressive n'est pas une retraite anticipée : elle ne vous fait pas partir plus tôt, elle vous permet juste de commencer à percevoir une fraction de vos droits tout en continuant d'exercer.
L'impact sur la CARPIMKO. Le régime de retraite complémentaire CARPIMKO a ses propres règles pour la retraite progressive. Certaines modalités peuvent différer de celles de la CNAVPL. Il est indispensable de contacter directement la CARPIMKO pour obtenir une simulation personnalisée.
La fiscalité des pensions perçues. La fraction de pension reçue pendant la retraite progressive est imposable comme un revenu de retraite (barème progressif de l'impôt sur le revenu, avec abattement de 10 %). Pensez à en tenir compte dans votre planification financière.
Les revenus mixtes. Si vous avez des droits à la retraite issus d'une activité salariée antérieure (notamment si vous avez travaillé en milieu hospitalier avant de vous installer), ces droits entrent dans le calcul des 150 trimestres et peuvent ouvrir plus tôt l'accès à la retraite progressive.
Une option à envisager dès 55 ans
Même si la retraite progressive ne s'ouvre qu'à partir de 62 ans environ, il est utile de commencer à y réfléchir bien avant, notamment pour :
- Valider que vous atteindrez les 150 trimestres requis à temps.
- Optimiser vos cotisations CARPIMKO dans les dernières années d'activité à plein régime.
- Préparer une éventuelle transmission de patientèle ou une collaboration facilitant la réduction progressive d'activité.
Consultez un expert-comptable spécialisé en professions libérales de santé et rapprochez-vous directement de la CARPIMKO pour une simulation chiffrée, adaptée à votre situation personnelle. Les règles évoluent régulièrement.
Voir aussi : Les cotisations CARPIMKO en détail | Le statut juridique de l'infirmière libérale | Simulateur de revenus | Cotisations et revenus | L'URSSAF en première année