La sclérose en plaques (SEP) est une maladie chronique auto-immune du système nerveux central. Elle touche environ 120 000 personnes en France, majoritairement des femmes jeunes. Maladie évoluant par poussées ou progressivement selon la forme, elle génère des symptômes neurologiques variés et un handicap qui s'installe avec le temps. L'IDEL est souvent un acteur central du suivi à domicile.
Comprendre la SEP pour mieux accompagner
La SEP est une maladie inflammatoire qui détruit la myéline (gaine protectrice des fibres nerveuses) dans le cerveau et la moelle épinière. Cette démyélinisation perturbe la conduction de l'influx nerveux, ce qui explique la diversité des symptômes.
Les formes cliniques : la forme la plus fréquente est la SEP récurrente-rémittente (SEPRR), caractérisée par des poussées entrecoupées de phases de rémission. Avec le temps, une progression secondaire peut s'installer (SEPSP). Plus rarement, la SEP est progressive d'emblée (SEPP).
Les symptômes sont très variables selon les lésions : fatigue intense, troubles moteurs (faiblesse, spasticité, troubles de l'équilibre et de la marche), troubles sensitifs (paresthésies, douleurs neuropathiques), troubles visuels (névrite optique), troubles sphinctériens (incontinence urinaire, urgenturies, rétention), troubles cognitifs (mémoire, concentration), troubles de la déglutition, dépression.
Le traitement de fond vise à réduire la fréquence et la sévérité des poussées, et à ralentir la progression. Il comprend des immunomodulateurs ou immunosuppresseurs, parfois injectables (interférons, glatiramère), parfois oraux (diméthyl fumarate, tériflunomide, fingolimod) ou en perfusion (natalizumab, ocrélizumab). Les traitements injectables peuvent nécessiter l'intervention de l'IDEL.
Les soins infirmiers courants chez le patient SEP
Les injections de traitement de fond : si le patient ne pratique pas l'auto-injection ou a des difficultés (tremblements, hémiplégie partielle, anxiété), l'IDEL administre les injections selon la prescription. Elle surveille les sites d'injection (rotation systématique, lipodystrophie en cas de glatiramère, réactions cutanées locales avec les interférons) et note les réactions.
La surveillance des troubles sphinctériens : très fréquents dans la SEP, ils incluent l'urgence mictionnelle, l'incontinence, et parfois la rétention (risque d'infection urinaire). L'IDEL évalue les symptômes, surveille les signes d'infection (brûlures, fièvre, urines troubles), et peut réaliser des sondages vésicaux intermittents sur prescription si le patient présente une rétention ou ne peut s'auto-sonder.
La gestion de la spasticité : la raideur musculaire (spasticité) peut être douloureuse et entraver la marche et les soins. L'IDEL peut participer à la mobilisation passive et aux étirements, en complément du kinésithérapeute. Elle surveille l'efficacité et la tolérance des traitements antispastiques (baclofène, tizanidine).
La prévention des escarres : chez les patients avec mobilité très réduite, le risque escarre est réel. Inspection régulière, mobilisation, matelas adapté (voir article sur la prévention des escarres).
La gestion de la douleur : les douleurs neuropathiques (brûlures, décharges électriques, allodynie) sont fréquentes. L'IDEL évalue la douleur, vérifie l'efficacité des traitements prescrits (gabapentine, prégabaline, antidépresseurs tricycliques) et signale tout déséquilibre.
Reconnaître et alerter en cas de poussée
L'IDEL voit souvent le patient régulièrement. Elle est en position privilégiée pour détecter un changement neurologique. Face à une aggravation de symptômes existants ou à l'apparition de nouveaux symptômes neurologiques, elle contacte le médecin traitant ou le neurologue référent.
À ne pas confondre avec une poussée : une aggravation des symptômes liée à la chaleur (phénomène d'Uhthoff — bain chaud, fièvre, effort intense) est réversible au rafraîchissement et ne constitue pas une poussée. De même, une aggravation liée à une infection intercurrente (fièvre, infection urinaire) n'est pas une vraie poussée mais impose de traiter l'infection.
Une vraie poussée (aggravation durant plus de 24 heures, en dehors de chaleur ou d'infection) peut être traitée par méthylprednisolone à haute dose. L'IDEL peut être amenée à administrer ce traitement à domicile si un protocole ambulatoire est mis en place par le neurologue.
Le soutien à la qualité de vie
La chaleur est l'ennemi du patient SEP : elle aggrave transitoirement tous les symptômes (phénomène d'Uhthoff). L'IDEL conseille d'éviter les bains chauds, les expositions prolongées à la chaleur, et de se rafraîchir en cas de symptômes aggravés par la température.
L'activité physique est bénéfique dans la SEP, contrairement à l'idée reçue. Un programme adapté améliore la fatigue, la force musculaire, l'équilibre et la qualité de vie. L'IDEL encourage le patient à maintenir une activité régulière adaptée à ses capacités, en lien avec le kinésithérapeute.
Le soutien psychologique est essentiel. La SEP est une maladie chronique, évolutive, imprévisible, frappant souvent des adultes jeunes. La dépression est fréquente (et peut aussi être d'origine organique, liée aux lésions). L'IDEL observe l'état psychologique du patient à chaque visite et oriente vers le médecin ou un psychologue si nécessaire.
La coordination pluriprofessionnelle est la règle dans la SEP : neurologue référent, médecin traitant, kinésithérapeute, ergothérapeute, urologue, psychologue, assistante sociale. L'IDEL est un maillon central de ce réseau, souvent la seule à voir le patient plusieurs fois par semaine à domicile.
Accompagner un patient SEP à domicile, c'est conjuguer des soins techniques précis, une surveillance neurologique attentive et un soutien humain dans la durée. L'IDEL qui connaît bien la maladie anticipe les complications, détecte les poussées tôt, et contribue réellement à préserver la qualité de vie de ses patients.
Voir aussi : Gestion du stress de l'infirmière libérale | Éducation thérapeutique de l'IDEL | Patient sous corticoïdes | Prévention des escarres | Soins infirmiers chez la personne âgée