La nutrition parentérale à domicile (NPD) concerne des patients dont le tube digestif ne peut assurer une nutrition suffisante : grêle court, maladies inflammatoires chroniques intestinales sévères, cancers digestifs, malabsorptions sévères. Ces patients reçoivent leurs apports nutritionnels directement par voie veineuse centrale, plusieurs nuits par semaine, à domicile. L'IDEL intervient pour les branchements, les soins du cathéter et la surveillance.
Comprendre la nutrition parentérale à domicile
La NPD est une thérapeutique complexe, initiée et organisée par une équipe hospitalière spécialisée (service de nutrition, gastroentérologie ou oncologie). Le patient reçoit une poche nutritive (glucides, lipides, acides aminés, électrolytes, vitamines, oligo-éléments) par voie veineuse centrale, généralement la nuit (8 à 14 heures), pour libérer les journées.
Le matériel d'abord : la perfusion est administrée via un cathéter veineux central (CVC) tunnelisé ou une chambre implantable (port-à-cath). Le prestataire de santé à domicile (PSAD) fournit le matériel consommable (poches, tubulures, aiguilles de Huber, matériel de pansement) et la pompe à perfusion programmée par l'équipe hospitalière.
La prescription et le protocole : l'IDEL travaille impérativement avec le protocole fourni par l'équipe hospitalière référente. Ce protocole précise le débit, la durée, le type de verrou, le rythme des pansements, et la conduite à tenir en cas de complication. En cas de doute, l'appel à l'équipe référente prime sur toute initiative.
Les soins de branchement et débranchement
Les soins sur cathéter central exigent une asepsie rigoureuse. Les infections de cathéter sont la complication la plus fréquente et la plus grave de la NPD.
Avant le branchement : vérifier la poche (intégrité de l'emballage, dates de péremption, aspect du liquide — toute turbidité ou précipité impose de ne pas brancher et d'appeler le PSAD), préparer le matériel stérile, effectuer une hygiène des mains soigneuse et mettre des gants stériles si le protocole le prévoit.
Pour une chambre implantable : localiser le boîtier par palpation, désinfecter la zone en spirale avec l'antiseptique prescrit (généralement chlorhexidine alcoolique), laisser sécher, piquer l'aiguille de Huber perpendiculairement au centre du boîtier, vérifier le retour veineux, rincer avec un flush de sérum physiologique, brancher la tubulure et la poche, régler la pompe selon le protocole. Poser un pansement stérile sur le site de l'aiguille.
Pour un CVC tunnelisé : désinfecter le site de connexion selon le protocole, ouvrir le verrou (héparinisé ou salin), rincer, brancher la poche. La technique de déconnexion est aussi critique que la connexion pour prévenir les contaminations.
Au débranchement : rincer avec un flush (pulsé selon le protocole), poser le verrou, fermer le système de façon aseptique.
Surveiller le patient sous NPD
La surveillance clinique à chaque passage est aussi importante que les soins techniques.
Signes généraux : température (tout épisode fébrile chez un patient sous NPD = suspicion d'infection de cathéter jusqu'à preuve du contraire), état général, signes de déshydratation ou de surcharge hydrique (oedèmes, dyspnée).
Site d'insertion : rougeur, douleur, écoulement, gonflement autour du cathéter ou du boîtier. Toute anomalie locale impose l'appel au médecin et à l'équipe hospitalière référente.
Tolérance métabolique : nausées, vomissements, crampes, hypoglycémie de rebond en fin de perfusion (surtout si arrêt brutal). Les patients sous NPD ont souvent une surveillance biologique régulière (glycémie, bilan hépatique, ionogramme) organisée par l'équipe référente.
La pompe : vérifier que le débit est correct, que la poche se vide normalement, gérer les alarmes (obstruction, air dans la ligne, poche vide). L'IDEL doit être formée à la pompe spécifique utilisée par le PSAD référent.
Les complications à connaître et à signaler
L'infection de cathéter est la complication la plus redoutée. Elle peut être locale (infection du tunnel, de la poche du boîtier) ou systémique (bactériémie sur cathéter, avec fièvre et frissons lors du branchement ou en cours de perfusion). Face à une fièvre chez un patient sous NPD : pas de prise de sang en périphérique seule, mais hémocultures sur cathéter ET périphériques selon le protocole, appel immédiat à l'équipe référente, ne pas retirer le cathéter sans ordre médical.
L'occlusion : impossibilité d'injecter ou absence de retour veineux. Ne pas forcer. Appeler le médecin. Des agents désobstructeurs (urokinase) peuvent être prescrits.
La thrombose : douleur dans le bras, le cou ou l'épaule, gonflement d'un membre supérieur, résistance à l'injection. Urgence médicale.
L'extravasation : diffusion de la solution nutritive dans les tissus périvasculaires. Gonflement, douleur, refroidissement localisé. Arrêt immédiat et appel médical.
Coordination avec l'équipe référente
La NPD s'inscrit dans un dispositif coordonné. L'IDEL entretient un lien régulier avec l'équipe hospitalière référente (souvent joignable par MSSanté ou via l'infirmière coordinatrice du service), le médecin traitant, et le PSAD. Les bilans biologiques sont organisés par l'équipe référente ; l'IDEL peut être amenée à prélever sur prescription.
La traçabilité est essentielle : noter le volume perfusé, l'aspect de la poche, les constantes, les anomalies observées à chaque passage dans le dossier de soins.
La nutrition parentérale à domicile est une thérapeutique exigeante, qui repose en grande partie sur la qualité des soins infirmiers quotidiens. Une IDEL formée, rigoureuse sur l'asepsie et vigilante sur les signes de complication, est un maillon indispensable de la sécurité de ces patients fragiles.
Voir aussi : Soins infirmiers chez le patient cancéreux | Éducation thérapeutique de l'IDEL | Transmission du dossier patient | Soins infirmiers chez l'enfant handicapé | Coordination pluriprofessionnelle IDEL