Beaucoup d'infirmières se lancent en libéral tout en conservant un pied dans le salariat. Cette configuration, appelée exercice mixte, offre une vraie sécurité financière au démarrage, mais elle implique des règles précises à respecter. Voici ce qu'il faut savoir avant de se lancer.
Exercice mixte : de quoi parle-t-on ?
L'exercice mixte désigne le cumul d'une activité d'infirmière libérale (à titre indépendant, avec numéro RPPS libéral et conventionnement CPAM) et d'un emploi salarié (hôpital, clinique, EHPAD, HAD, SSIAD, etc.).
Ce modèle est fréquent chez les infirmières qui :
- démarrent leur patientèle progressivement, sans quitter leur emploi du jour au lendemain
- veulent conserver les avantages de la fonction publique hospitalière (ancienneté, retraite CNRACL)
- souhaitent maintenir un filet de sécurité pendant les premières années libérales
Il ne faut pas confondre l'exercice mixte avec le remplacement ponctuel : un remplaçant intervient sans installation propre, sous numéro de l'IDEL remplacée. L'exercice mixte implique une installation complète en libéral, en parallèle du salariat.
Les conditions légales du cumul
Durée du travail
La loi fixe une durée maximale hebdomadaire de travail, toutes activités confondues. Si votre emploi salarié représente déjà 35 heures, votre exercice libéral ne doit pas vous amener à dépasser les plafonds réglementaires (48 heures en moyenne sur 12 semaines, 44 heures par semaine en moyenne sur 12 semaines, et 10 heures par jour au maximum).
En pratique, la plupart des infirmières en exercice mixte travaillent à temps partiel côté salarié (50 à 80 %) et complètent avec le libéral.
La clause d'exclusivité
Votre contrat de travail peut contenir une clause d'exclusivité interdisant tout autre exercice professionnel rémunéré. Dans ce cas, vous devez demander une dérogation écrite à votre employeur.
À l'hôpital public, le cumul est encadré par le statut de la fonction publique hospitalière. Vous devrez déposer une demande d'autorisation de cumul d'activités auprès de votre direction des ressources humaines. La réponse peut prendre du temps : anticipez cette démarche.
Dans le privé, sans clause d'exclusivité, l'accord formel n'est pas obligatoire, mais informer votre employeur reste une bonne pratique, notamment pour éviter les conflits d'intérêts ou les problèmes d'emploi du temps.
Les démarches d'installation en libéral
Le fait d'être salarié par ailleurs ne dispense d'aucune des démarches classiques pour s'installer en libéral :
Vous serez donc inscrite dans deux régimes sociaux en parallèle : le régime général (via votre employeur) et le régime libéral (URSSAF + CARPIMKO). Cela signifie plus de cotisations... mais aussi une protection sociale renforcée.
Fiscalité : deux revenus, deux régimes
Sur votre déclaration de revenus annuelle, vous devrez déclarer :
- vos salaires dans la case prévue à cet effet (imprimé 2042)
- vos revenus libéraux en BNC, soit via la déclaration contrôlée (liasse 2035), soit via le micro-BNC si votre chiffre d'affaires libéral reste sous les seuils
Les deux sources de revenus s'additionnent pour le calcul de l'impôt sur le revenu. Pensez à mettre de côté une provision fiscale dès le départ.
Pour les charges sociales libérales (URSSAF, CARPIMKO), elles sont calculées uniquement sur les revenus libéraux, indépendamment de vos salaires.
Points de vigilance
L'assurance RC professionnelle doit couvrir expressément votre activité libérale : votre couverture hospitalière ne s'étend pas à vos actes en dehors de l'établissement. Voir notre article sur l'assurance RC pro.
Le matériel et la voiture : si vous utilisez votre véhicule personnel pour vos tournées libérales, vous pouvez déduire les indemnités kilométriques sur la part libérale uniquement.
L'emploi du temps : gérer deux exercices demande une organisation rigoureuse. Certaines IDEL optent pour un planning fixe (libéral les matins, hôpital l'après-midi par exemple) pour éviter les chevauchements.
Un tremplin, pas une fin en soi
L'exercice mixte est souvent temporaire. Au fil du développement de la patientèle libérale, beaucoup d'infirmières finissent par basculer à temps plein en libéral. D'autres, au contraire, choisissent de maintenir le cumul durablement, notamment pour conserver leurs droits à la retraite du régime général ou une couverture maladie salariale.
Dans tous les cas, ce modèle mérite d'être pensé comme un projet avec une trajectoire claire : à quel horizon visez-vous le libéral à plein temps ? Ou souhaitez-vous maintenir l'équilibre sur le long terme ?
Bon à savoir : le simulateur de revenus de Devenir IDEL vous aide à estimer vos revenus libéraux nets selon votre volume d'actes, indépendamment de vos éventuels revenus salariés.