Nombreuses sont les infirmières libérales qui exercent seules mais qui rêvent de partager leurs locaux, leur organisation ou leurs frais avec d'autres professionnelles. L'exercice en groupe prend des formes très différentes, du simple accord informel à la structure juridique élaborée. Choisir la bonne formule dépend de ce qu'on cherche vraiment à partager.
Pourquoi s'associer ?
Les motivations pour exercer en groupe sont variées. La plus courante est le partage des charges fixes : loyer d'un local commun, matériel médical, logiciel de télétransmission, ligne téléphonique, frais de secrétariat. Seule, ces charges pèsent lourd ; à plusieurs, elles deviennent accessibles.
Il y a aussi la mutualisation des remplacements, la possibilité de prendre des congés sans laisser ses patients sans solution, l'entraide quotidienne et le soutien professionnel. Certaines infirmières recherchent également une meilleure organisation de la continuité des soins pour leurs patients.
Enfin, exercer en groupe peut faciliter l'installation dans des zones où une seule IDEL ne pourrait pas vivre de son activité, ou permettre de prendre en charge une patientèle plus large.
La convention d'exercice conjoint
C'est la formule la plus simple. Plusieurs IDEL s'organisent ensemble sans créer de structure juridique distincte. Elles peuvent partager un local, un secrétariat, certains frais, mais chacune conserve son propre numéro ADELI, sa propre convention CPAM, sa propre comptabilité.
Une convention écrite précise les modalités : répartition des charges communes, règles d'usage du local, organisation des remplacements mutuels, conditions de sortie. Ce document n'est pas obligatoire légalement mais est fortement recommandé pour éviter les litiges.
Avantages : simplicité administrative, autonomie préservée, pas de capital à constituer, chacune reste indépendante fiscalement et professionnellement.
Inconvénients : les charges communes doivent être réparties et facturées entre les membres selon une clé de répartition définie, ce qui peut générer des complications si les activités sont très inégales. Aucune structure ne porte les engagements communs.
La Société Civile de Moyens (SCM)
La SCM est la structure la plus utilisée par les professionnels libéraux qui souhaitent partager des moyens de façon durable. Elle est dotée de la personnalité morale : c'est la SCM elle-même qui signe le bail, achète le matériel, emploie éventuellement un secrétaire.
Chaque associée détient des parts sociales de la SCM proportionnellement à sa participation. Les charges communes sont portées par la SCM et refacturées aux associées selon leurs quotes-parts. Chaque associée reste indépendante pour son activité clinique et sa facturation patients.
Avantages : clarté juridique et comptable, la SCM supporte les engagements communs (bail, matériel), facilité pour accueillir de nouvelles associées ou gérer les départs, crédibilité vis-à-vis des bailleurs.
Inconvénients : création formelle (rédaction des statuts, dépôt au greffe, publication), comptabilité dédiée de la SCM, gestion administrative supplémentaire. Une SCM avec peu de charges communes peut ne pas justifier sa complexité.
Fiscalité : la SCM est transparente fiscalement. Elle ne paie pas d'IS. Chaque associée déduit sa quote-part de charges dans sa propre déclaration BNC. La SCM peut être soumise à TVA selon ses activités.
Les sociétés d'exercice libéral (SELARL, SELAS)
Ces structures permettent de regrouper l'exercice lui-même au sein d'une personne morale, et non seulement les moyens. La SELARL (Société d'Exercice Libéral à Responsabilité Limitée) ou la SELAS (Société d'Exercice Libéral par Actions Simplifiée) sont des sociétés qui exercent la profession infirmière, leurs associées étant des actionnaires exerçant en son sein.
Avantages : responsabilité limitée aux apports, optimisation fiscale possible (IS + rémunération de gérant), gestion plus fine des revenus et de la protection sociale.
Inconvénients : création et gestion nettement plus complexes, coûts juridiques et comptables plus élevés, obligations formelles importantes (assemblées générales, dépôt de comptes). Pertinent surtout pour des groupes constitués avec un volume d'activité important et un projet stable sur le long terme.
Comparatif rapide
| Structure |
Personnalité morale |
Complexité |
Idéale pour |
| Convention d'exercice conjoint |
Non |
Faible |
2-3 IDEL, partage ponctuel |
| SCM |
Oui |
Moyenne |
Partage de locaux/matériel durable |
| SELARL/SELAS |
Oui |
Élevée |
Groupe constitué, optimisation fiscale |
Points de vigilance communs
Quelle que soit la structure choisie, certains points méritent une attention particulière.
La clause de sortie : comment une associée peut-elle quitter le groupe ? Avec quel préavis ? Que devient sa quote-part de la SCM ou ses parts sociales ? Ces questions doivent être traitées dans les statuts ou la convention, pas en cas de crise.
La répartition des charges : la clé de répartition (50/50, proportionnelle au CA, en fonction de la présence) doit être définie clairement et acceptée par toutes. Une inégalité non anticipée est une source fréquente de conflits.
La clause de non-concurrence : en cas de départ d'une associée, une clause de non-réinstallation peut être prévue, similaire à celle des contrats de collaboration. Elle doit être proportionnée pour être valide.
L'accompagnement professionnel : créer une SCM ou une SEL sans l'aide d'un expert-comptable et d'un avocat spécialisé en droit des professions libérales est risqué. Le coût de cet accompagnement est déductible et vaut largement l'investissement.
L'exercice en groupe offre de vraies opportunités pour améliorer les conditions de travail et la qualité de vie professionnelle d'une IDEL. La clé est de choisir la structure adaptée à ses ambitions réelles et de prendre le temps de rédiger des documents fondateurs solides.
Voir aussi : Collaboration libérale infirmière | Clause de non-réinstallation | Statut juridique infirmière libérale | S'installer en libéral : les 8 étapes | Maison de santé pluriprofessionnelle (MSP)