Le remplacement est une étape incontournable dans la carrière de nombreuses infirmières libérales : que ce soit pour découvrir le métier avant de s'installer, pour aider un confrère en congés, ou pour maintenir une activité flexible entre deux projets. Mais le remplacement est encadré juridiquement et administrativement. Ce qu'il faut savoir avant de signer ou d'accueillir un remplaçant.
Qui peut exercer comme remplaçant ?
Le remplaçant infirmier doit réunir plusieurs conditions.
Être inscrit à l'Ordre des Infirmiers : l'inscription au Conseil Départemental de l'Ordre des Infirmiers (CDOI) est obligatoire pour exercer, même en remplacement. Si le remplaçant exerce dans un département différent de celui où il est inscrit, il doit en informer le CDOI du département d'exercice.
Être conventionné : pour exercer sous le régime conventionnel (facturation à la Caisse d'Assurance Maladie), le remplaçant doit être lui-même conventionné. Un remplaçant non conventionné ne peut pas facturer en secteur 1.
Être titulaire du diplôme d'État infirmier et disposer d'une assurance RC pro valide.
Le remplaçant peut être un infirmier déjà installé en libéral ailleurs, ou un infirmier en attente d'installation. Il n'y a pas de limite de durée légale pour rester "remplaçant" (certains exercent comme remplaçants pendant des années).
Le contrat de remplacement : mentions obligatoires
Le contrat doit être établi par écrit et comporter plusieurs mentions obligatoires.
L'identité des parties : nom, prénom, adresse professionnelle, numéro d'inscription à l'Ordre pour les deux parties.
La durée du remplacement : dates de début et de fin prévues (ou durée indéterminée si le remplacement est régulier).
Les conditions d'exercice : lieu(x) d'exercice, actes couverts par le remplacement, modalités d'accès au cabinet et aux dossiers patients.
Les conditions financières : qui encaisse les honoraires (remplaçant directement ou remplacé), taux de reversement si applicable, délai de reversement, modalités de règlement.
La clause de non-réinstallation : le contrat peut prévoir une clause interdisant au remplaçant de s'installer dans la même zone géographique après le remplacement, pour une durée déterminée. Cette clause doit être proportionnée pour être valide.
La souscription d'une assurance RC pro par le remplaçant : mention obligatoire.
Le contrat doit être signé par les deux parties et envoyé pour visa au CDOI dans les 15 jours suivant sa prise d'effet.
Les formalités administratives
Le visa du CDOI : le contrat de remplacement doit être enregistré auprès du Conseil Départemental de l'Ordre des Infirmiers. Ce visa est obligatoire, gratuit et doit être demandé rapidement après la signature. L'Ordre dispose d'un délai de 15 jours pour répondre.
La déclaration à la CPAM : le remplaçant doit informer la CPAM de sa prise de fonction. Cette déclaration lui permet d'exercer sous le numéro d'identification de la caisse et de facturer les actes.
La déclaration URSSAF : si le remplaçant n'est pas encore immatriculé en tant que travailleur non salarié, il doit procéder à cette immatriculation avant de commencer. Sans immatriculation, les revenus perçus ne sont pas réguliers au regard des cotisations sociales.
Les responsabilités de chacun
La responsabilité du remplaçant : il exerce en son nom propre. Il est responsable des actes qu'il réalise, de leur qualité et de leur conformité aux prescriptions médicales. En cas d'incident ou de plainte, c'est sa responsabilité civile professionnelle qui est engagée.
La responsabilité du remplacé : il ne répond pas des actes de son remplaçant dès lors que le remplacement est régulièrement constitué. En revanche, il reste responsable de l'organisation du cabinet, de la qualité des dossiers de soins mis à disposition, et de l'information donnée aux patients sur le remplacement.
Le secret professionnel : le remplaçant a accès aux dossiers patients nécessaires à la continuité des soins. Il est soumis au même secret professionnel que le remplacé.
La rémunération : deux modèles principaux
Le remplaçant perçoit directement les honoraires : il émet ses propres feuilles de soins électroniques (FSE) à son nom, encaisse directement les honoraires. Ce mode est le plus simple administrativement pour le remplaçant. Il nécessite que la caisse lui ait attribué un numéro de facturation.
Le remplacé encaisse et reverse : les FSE sont émises au nom du remplacé, qui reverse ensuite au remplaçant un pourcentage des honoraires perçus. Ce modèle est plus courant. Le taux de reversement, librement négocié, tourne généralement autour de 70 à 80% des honoraires HT. Il est important de définir précisément dans le contrat le calcul de ce reversement et les délais.
Le remplaçant déclare ses revenus en BNC (bénéfices non commerciaux) et paye ses propres cotisations URSSAF et CARPIMKO.
Trouver un remplaçant : les bonnes pratiques
Les canaux les plus utilisés sont les groupes Facebook et forums infirmiers spécialisés (groupes "Remplaçants IDEL"), les petites annonces sur les sites professionnels, le bouche-à-oreille entre confrères, et les CPTS ou syndicats infirmiers locaux.
Avant de confier sa patientèle à un remplaçant, l'IDEL peut vérifier l'inscription à l'Ordre via l'annuaire en ligne du CDOI, s'assurer de la couverture RC pro, et prévoir un temps de transmission pour les dossiers les plus complexes.
Le remplacement bien organisé est une respiration pour l'IDEL qui part en congés, et une opportunité pour le remplaçant. Un contrat solide, une bonne transmission des dossiers et des formalités à jour permettent à chacun d'exercer en sécurité.
Voir aussi : Remplacement infirmier : bien démarrer | Collaboration libérale infirmière | Installation en libéral : les 8 étapes | Gestion du stress de l'IDEL | Assurance RC pro infirmière libérale