Beaucoup d'infirmières libérales font le choix d'exercer à plusieurs plutôt que seules. Partager un local, mutualiser les charges, s'organiser pour couvrir les absences : les raisons ne manquent pas. Encore faut-il choisir la bonne formule. Tour d'horizon des structures disponibles et de leurs implications concrètes.
Pourquoi exercer à plusieurs ?
Exercer seule en libéral offre une grande liberté, mais aussi une charge logistique et administrative qui peut peser sur le quotidien. Travailler à plusieurs permet de :
- Partager le loyer d'un local professionnel et réduire les charges fixes
- Organiser des congés ou des absences sans laisser ses patients sans prise en charge
- Bénéficier d'un soutien professionnel au jour le jour
- Investir ensemble dans du matériel médical ou informatique
Mais "exercer à plusieurs" peut prendre des formes très différentes, avec des implications juridiques et fiscales distinctes. L'essentiel est de choisir la structure adaptée à votre projet dès le départ.
Le cabinet de groupe : la formule la plus simple
Un cabinet de groupe, c'est plusieurs infirmières libérales qui partagent un même lieu d'exercice, sans fusionner leurs activités. Chacune conserve :
- Sa propre patientèle
- Ses propres honoraires
- Sa propre déclaration fiscale et sociale
Il s'agit d'une organisation encadrée par une convention de partage de frais, sans création de structure juridique particulière. Cette formule est souple, rapide à mettre en place et adaptée aux petites équipes.
Le principal risque : l'absence de cadre formel peut créer des tensions en cas de départ d'une collègue ou de désaccord sur la répartition des charges. Mieux vaut rédiger une convention écrite dès le départ, même simple, qui précise les modalités de contribution et de sortie.
La SCM : Société Civile de Moyens
La Société Civile de Moyens (SCM) est la structure la plus utilisée par les professionnels libéraux de santé qui souhaitent partager des moyens sans mettre leurs revenus en commun.
La SCM est une société dotée d'un SIRET propre, qui prend en charge les dépenses communes :
- Le loyer du local professionnel
- Le mobilier et le matériel partagé
- Le secrétariat ou la permanence téléphonique
- Les charges courantes (eau, électricité, internet)
Chaque associée verse une contribution à la SCM, proportionnelle à son utilisation ou à sa quote-part dans les statuts, et déduit ces charges de ses propres revenus libéraux. La SCM ne réalise pas de bénéfice : elle est fiscalement transparente.
Encadré : créer une SCM en pratique
La SCM nécessite la rédaction de statuts, un dépôt au greffe du tribunal de commerce et un compte bancaire dédié. Le coût de création est modéré, mais fait appel à un avocat ou un expert-comptable pour sécuriser les statuts. En cas de départ d'une associée, les règles de cession de parts prévues dans les statuts s'appliquent, ce qui évite les conflits.
La SISA : pour les maisons de santé pluriprofessionnelles
Si votre projet s'inscrit dans une maison de santé pluriprofessionnelle, la structure adaptée est la SISA, Société Interprofessionnelle de Soins Ambulatoires.
La SISA est réservée aux équipes pluriprofessionnelles (médecins, infirmières, kinésithérapeutes, etc.) qui partagent un projet de santé coordonné. Elle permet notamment de percevoir des rémunérations collectives issues de l'Assurance Maladie, au titre de l'exercice coordonné et des forfaits spécifiques.
Si vous rejoignez une MSP existante, vous serez généralement invitée à adhérer à sa SISA. Renseignez-vous auprès de la CPTS ou de l'ARS de votre territoire pour connaître les projets en cours dans votre secteur.
Convention de mise à disposition ou sous-location
Une option plus légère consiste à louer une partie d'un cabinet existant, via une convention de sous-location ou de mise à disposition. Par exemple, rejoindre une infirmière déjà installée qui dispose d'un local, en lui reversant un loyer mensuel.
Cette formule est simple et adaptée aux jeunes installées ou aux situations temporaires. Elle vous place cependant dans une position de locataire, sans lien capitalistique avec la titulaire du local.
Attention : la sous-location doit être autorisée par le bail principal et respecter les règles déontologiques de la profession.
Ce que l'exercice en groupe ne change pas
Quelle que soit la structure choisie, chaque infirmière reste une professionnelle libérale indépendante. Cela signifie que vous conservez :
- Votre propre numéro RPPS et ADELI
- Votre propre conventionnement CPAM (voir facturation NGAP)
- Vos propres déclarations à l'URSSAF et à la CARPIMKO
- Vos propres déclarations fiscales en BNC
Le groupe partage des charges, pas une activité. Chaque infirmière facture ses propres actes à l'Assurance Maladie et reste pleinement responsable de ses actes professionnels.
Choisir la bonne formule selon votre situation
| Situation |
Formule recommandée |
| Partage informel entre deux infirmières |
Convention de partage de frais |
| Plusieurs professionnels, investissements communs |
SCM |
| Intégration dans une maison de santé |
SISA |
| Installation temporaire ou transition |
Sous-location |
Avant de vous lancer, prenez le temps de consulter un expert-comptable spécialisé en professions de santé. Il vous aidera à choisir la structure la plus adaptée à votre situation et à anticiper les implications fiscales et sociales.
Patientèle et continuité des soins
L'un des grands avantages de l'exercice en groupe est l'organisation des absences. Lorsqu'une associée est en congés ou en arrêt, ses collègues peuvent assurer la continuité auprès de ses patients, dans le respect des règles déontologiques.
Si vous êtes plusieurs dans le cabinet, vous pouvez mettre en place un système de remplacement interne, formalisé par un contrat écrit. Chaque remplaçante doit disposer de son propre numéro RPPS et avoir effectué les démarches auprès de la CPAM.
Pour préparer votre installation dans les meilleures conditions, consultez notre guide complet devenir infirmière libérale et notre FAQ pour répondre à vos questions pratiques.