L'incontinence urinaire touche 3 à 5 millions de personnes en France, en majorité des femmes et des personnes âgées. Souvent taboue, elle est fréquemment sous-déclarée et sous-traitée. L'IDEL est régulièrement confrontée à cette situation chez ses patients âgés, neurologique ou post-opératoires. Un accompagnement bienveillant et compétent peut changer significativement la qualité de vie.
La place de l'incontinence dans la patientèle IDEL
L'incontinence urinaire n'est pas une pathologie isolée : elle est souvent la conséquence d'une autre maladie (diabète, pathologie neurologique, insuffisance cardiaque traitée par diurétiques puissants) ou d'une situation physiologique (vieillissement, post-partum, ménopause). Elle s'accompagne souvent d'une incontinence fécale chez les patients les plus dépendants.
L'IDEL la rencontre dans plusieurs contextes : patient âgé dépendant pour les soins d'hygiène, patient porteur d'une sonde urinaire, patient souffrant de troubles neurologiques (séquelles d'AVC, sclérose en plaques, Parkinson, lésion médullaire), patient en post-opératoire (chirurgie urologique ou gynécologique).
L'évaluation clinique
L'IDEL observe et transmet ses observations au médecin sans poser de diagnostic. Quelques éléments à noter.
Le type de fuites : à l'effort (toux, éternuements, rire), lors d'urgenturies (besoin impérieux impossibles à contrôler), permanentes (pas de continence entre les épisodes), nocturnes uniquement.
Le volume des fuites : quelques gouttes vs grandes quantités (protection entièrement mouillée).
La fréquence : quelques épisodes par semaine ou plusieurs fois par jour.
L'impact sur la qualité de vie : le patient limite-t-il ses sorties ? Évite-t-il certaines activités ? Présente-t-il des signes de honte ou d'isolement ?
Les protections utilisées : les protections urinaires existent en différentes absorptions. L'IDEL aide à choisir la protection adaptée au volume de fuites et au niveau d'autonomie du patient.
Les soins de la peau : une priorité
La macération prolongée de la peau en contact avec l'urine fragilise la barrière cutanée et provoque des lésions (dermatite associée à l'incontinence, DAI). Ces lésions, douloureuses et difficiles à traiter une fois constituées, sont largement évitables avec des soins préventifs rigoureux.
Le protocole de base comprend :
- Changer les protections fréquemment : ne pas attendre la saturation, surtout chez les patients alités ou peu mobiles.
- Nettoyer sans agresser : eau tiède et savon doux, ou produits sans rinçage à pH neutre. Ne pas utiliser de gants abrasifs.
- Sécher par tamponnement : ne jamais frotter, le frottement fragilise une peau déjà altérée.
- Protéger avec une crème barrière : zinc, diméticone ou équivalent sur les zones exposées (périnée, pli inguinal, fesses).
- Observer la peau à chaque change : rougeur, macération, érosion, pustules. Une dégradation cutanée mérite un signalement au médecin.
Le sondage urinaire : techniques et surveillance
Quand la prescription médicale l'indique, l'IDEL réalise le sondage vésical. Deux types sont rencontrés en libéral.
Le sondage intermittent : réalisé plusieurs fois par jour pour vider la vessie, sans maintien d'une sonde à demeure. Technique propre (pas stérile), souvent apprise au patient ou à l'aidant pour l'autonomisation. Indication principale : rétention urinaire chronique, vessie neurologique.
Le sondage à demeure : sonde laissée en place (sonde de Foley), reliée à un collecteur. Elle nécessite :
- Une surveillance quotidienne de la fixation (la sonde ne doit pas tirer sur le méat, ce qui provoquerait une lésion).
- La vérification de la perméabilité (urine qui s'écoule bien, pas d'anse qui stagne).
- Les soins du méat urinaire (nettoyage à l'eau et au savon lors de la toilette).
- La surveillance des signes infectieux : urines troubles, malodorantes, fièvre, douleur sus-pubienne, agitation chez les patients non communicants.
- Le changement de sonde selon la fréquence prescrite (généralement toutes les 4 à 6 semaines pour les sondes en silicone, plus fréquemment pour le latex).
L'accompagnement psychologique
L'incontinence est vécue comme une perte de dignité par de nombreux patients. Honte, isolement, dépression légère sont fréquents. L'IDEL peut beaucoup par sa façon d'aborder le sujet : naturellement, sans jugement, avec des gestes compétents et une attitude bienveillante.
Quelques messages importants à transmettre : l'incontinence n'est pas une fatalité (des traitements existent, la kinésithérapie périnéale est efficace dans de nombreux cas d'incontinence d'effort), consulter un médecin est la première étape, et les protections actuelles permettent une vie sociale normale avec une gestion discrète.
L'IDEL peut orienter vers le médecin traitant pour un bilan (uroscanner, bilan urodynamique si indiqué) ou vers un kinésithérapeute spécialisé en rééducation périnéale.
L'incontinence urinaire est une problématique médicale et humaine importante, trop souvent négligée. L'IDEL qui l'aborde avec compétence et sans tabou contribue à améliorer significativement la qualité de vie de ses patients et à prévenir des complications cutanées parfois graves.
Voir aussi : Soins infirmiers chez la personne âgée | Patient Alzheimer à domicile | Patient parkinsonien à domicile | Soins de stomie en libéral | Visite longue en NGAP
Questions fréquentes
Quelles sont les différentes formes d'incontinence urinaire que l'IDEL peut rencontrer ?
Les principales formes sont : l'incontinence d'effort (fuites lors d'une toux, d'un éternuement, d'un effort physique, liée à un défaut de soutien du sphincter — fréquente après accouchement ou en ménopause), l'incontinence par urgenturie (besoin urgent et impérieux d'uriner, impossibilité de se retenir — fréquente dans la vessie hyperactive, les pathologies neurologiques), l'incontinence mixte (association des deux formes précédentes), et l'incontinence par regorgement (rétention urinaire avec fuites par trop-plein, souvent liée à une obstruction ou à une pathologie neurologique). L'IDEL n'a pas à poser le diagnostic mais peut transmettre ses observations au médecin pour orienter la prise en charge.
Comment prévenir les lésions cutanées liées à l'incontinence urinaire ?
La dermatite associée à l'incontinence (DAI) résulte du contact prolongé de la peau avec l'urine. La prévention repose sur : changer les protections régulièrement sans attendre qu'elles soient saturées, nettoyer la peau avec des produits adaptés (eau tiède + savon doux, ou lingettes sans rinçage à pH neutre), sécher par tamponnement sans frotter, appliquer une crème barrière (à base de zinc ou de diméticone) sur les zones à risque (pli inguinal, fesses, périnée), choisir une protection de taille et d'absorption adaptée. Une rougeur persistante malgré les soins de base doit être signalée au médecin pour adapter le protocole.
Dans quels cas l'infirmière libérale pose-t-elle une sonde urinaire à demeure ?
Le sondage vésical à demeure est prescrit par le médecin. Les indications les plus fréquentes en libéral sont : rétention urinaire aiguë ou chronique non résolvable autrement, soins de plaies périnéales ou sacrées chez un patient incontinent (pour garder la plaie au sec), certains cas de fin de vie (confort). L'IDEL réalise le sondage selon une technique strictement aseptique, assure la surveillance de la sonde (fixation, perméabilité, signes infectieux), les soins du méat urinaire, et le changement de sonde selon la fréquence prescrite (généralement tous les mois pour les sondes en silicone). Elle signale tout signe d'infection urinaire (urines troubles, malodorantes, fièvre, douleur).