La maladie rénale chronique (MRC) touche environ 10% de la population adulte en France, souvent méconnue car asymptomatique pendant des années. Elle progresse silencieusement jusqu'aux stades avancés, avec un risque majeur de complications cardiovasculaires. L'IDEL rencontre ces patients dans sa patientèle, souvent en comorbidité avec le diabète ou l'hypertension artérielle. Comprendre les enjeux spécifiques de cette prise en charge est indispensable.
Comprendre la maladie rénale chronique
La MRC est définie par une diminution persistante (plus de 3 mois) du débit de filtration glomérulaire (DFG), estimé par la clairance de la créatinine. Elle est classée en 5 stades selon le DFG, du stade 1 (DFG normal mais atteinte rénale documentée) au stade 5 (moins de 15 ml/min, également appelé insuffisance rénale terminale nécessitant la dialyse ou la greffe).
Les causes les plus fréquentes sont le diabète (néphropathie diabétique, première cause en France), l'hypertension artérielle chronique, les glomérulonéphrites et les néphropathies obstructives. La MRC est souvent découverte lors d'un bilan biologique de routine ou lors du suivi d'une maladie chronique associée.
Le rôle des reins est multiple : éliminer les déchets métaboliques, réguler les équilibres hydro-électrolytiques (eau, sodium, potassium, phosphore), maintenir l'équilibre acido-basique, et produire des hormones (érythropoïétine pour la production de globules rouges, vitamine D active pour le métabolisme osseux). La défaillance progressive de ces fonctions explique les complications multiples de la MRC avancée.
La surveillance clinique à chaque visite
L'IDEL qui suit un patient atteint de MRC évalue régulièrement plusieurs paramètres.
La pression artérielle : le contrôle tensionnel est fondamental pour freiner la progression de la MRC. Les cibles sont souvent plus strictes que pour la population générale. Toute PA élevée de façon répétée doit être signalée.
Les oedèmes : rétention hydro-sodée fréquente aux stades avancés. Noter leur localisation, leur caractère prenant le godet, leur évolution.
La prise de poids : comme dans l'insuffisance cardiaque souvent associée, une surveillance du poids permet de détecter une rétention liquidienne précoce.
La diurèse : une diminution de la production d'urine (oligurie) est un signe d'alerte. Certains patients mentionnent spontanément une modification de leurs urines (mousse, couleur, odeur).
Les signes d'anémie : la déficience en érythropoïétine entraîne une anémie chronique (pâleur, fatigue, dyspnée d'effort, tachycardie). Certains patients reçoivent des injections d'agents stimulant l'érythropoïèse (ASE) ou du fer par voie parentérale, souvent assurées par l'IDEL sur prescription.
Les signes d'hyperkaliémie : le potassium s'accumule quand les reins filtrent moins bien. Des crampes, une fatigue musculaire, des palpitations peuvent en être le signe. L'hyperkaliémie sévère est une urgence cardiologique.
L'état cutané : le prurit urémique est fréquent aux stades avancés. Des lésions de grattage peuvent se surinfecter.
Les contraintes médicamenteuses
La MRC modifie l'élimination de nombreux médicaments, qui s'accumulent et deviennent toxiques. L'IDEL doit avoir en tête quelques points essentiels.
Les AINS sont contre-indiqués : ibuprofène, kétoprofène, diclofénac, et tous les anti-inflammatoires non stéroïdiens réduisent le flux sanguin rénal et peuvent provoquer une aggravation aiguë de la fonction rénale. L'automédication avec ces produits, en vente libre, est fréquente. L'IDEL doit le signaler systématiquement.
Les IEC et les sartans sont souvent prescrits (ils ralentissent la progression de la MRC), mais peuvent provoquer une hyperkaliémie. Ils sont temporairement suspendus en cas de déshydratation, de diarrhée ou de fièvre : l'IDEL doit en être informée pour ajuster sa surveillance.
La metformine (antidiabétique oral) est contre-indiquée en dessous d'un certain seuil de DFG, variable selon les recommandations : risque d'acidose lactique grave. Vérifier que le médecin est au courant si le patient la prend toujours.
Les médicaments néphrotoxiques (aminosides si perfusion à domicile, produits de contraste, lithium) nécessitent une surveillance renforcée.
L'alimentation : un levier thérapeutique majeur
Le régime alimentaire est central dans la prise en charge de la MRC avancée. L'IDEL n'est pas diététicienne, mais elle peut renforcer les messages essentiels.
Le potassium : aux stades avancés, certains aliments riches en potassium doivent être limités (bananes, tomates, pommes de terre, légumineuses, fruits secs, chocolat). Le patient doit connaître les aliments à éviter et comment blanchir les légumes pour réduire leur teneur en potassium.
Le phosphore : son accumulation favorise les calcifications cardiovasculaires et vasculaires. Aliments à limiter : produits laitiers, charcuteries (phosphates utilisés comme conservateurs), boissons sucrées industrielles (phosphate de cola). Des chélateurs du phosphore peuvent être prescrits à prendre au moment des repas.
Le sel : restriction nécessaire pour contrôler la PA et réduire la rétention hydro-sodée.
Les protéines : un régime hypoprotidique peut être prescrit aux stades avancés pour réduire la charge urémique. Ce régime est difficile à mettre en place et nécessite le suivi d'une diététicienne spécialisée.
L'IDEL oriente vers la diététicienne et s'assure que le patient a compris les grandes lignes de son régime.
La dialyse à domicile
Lorsque la MRC atteint le stade terminal (stade 5), le traitement de suppléance s'impose. La greffe rénale est le traitement idéal mais non accessible à tous. La dialyse peut s'effectuer à domicile dans certains cas.
La dialyse péritonéale (DP) utilise le péritoine comme membrane de filtration. La dialyse péritonéale automatisée (DPA) se fait la nuit avec une machine (cycler), permettant une vie quasi normale en journée. L'IDEL intervient pour les soins de l'orifice du cathéter péritonéal : nettoyage antiseptique, pansement selon le protocole défini par le centre référent, surveillance des signes infectieux (rougeur, douleur, écoulement). La péritonite (infection du péritoine) est la complication la plus redoutée : douleurs abdominales et liquide de dialyse trouble imposent un contact immédiat avec le centre.
L'hémodialyse à domicile est moins répandue mais possible. L'IDEL peut y jouer un rôle selon le protocole défini avec le centre référent.
Coordination avec l'équipe néphologique
La MRC est suivie en ville (médecin traitant) et en consultation spécialisée (néphrologue). L'IDEL est un relais essentiel entre ces deux niveaux : elle transmet ses observations cliniques, signale les anomalies et s'assure que le patient respecte son plan de soins.
En cas de signe d'alerte (hyperkaliémie suspectée, aggravation des oedèmes, diminution marquée de la diurèse, signes d'infection du cathéter de DP), le contact avec le médecin traitant ou le néphrologue ne doit pas attendre le prochain rendez-vous programmé.
Accompagner un malade rénal chronique à domicile demande une vigilance particulière sur les médicaments, les signes cliniques et les contraintes diététiques. L'IDEL qui maîtrise ces enjeux est un maillon précieux pour prévenir les complications et maintenir la qualité de vie de ces patients.
Voir aussi : Insuffisance cardiaque à domicile | Hypertension artérielle à domicile | Patient diabétique à domicile | Visite longue en NGAP | Coordination avec le médecin traitant